Comment un zèbre a fait gagner la Première Guerre Mondiale ?

28-02-20 | Graphic design |

Vous avez bien lu ! Bon, il se peut bien qu’on ait utilisé un raccourci un peu rapide pour enjoliver l’histoire.

Mais reprenons depuis le début. En 1914 au États-unis, les peintres Abbott Handerson Thayer et George de Forest Brush se plongent dans l’étude des mécanismes de camouflage dans la faune animale. Tayler publie dès 1909 avec son fils Gerald Handerson Thayer un livre traitant du camouflage dans le monde naturel, intitulé « Concealing-Coloration in the Animal Kingdom ».

Vous commencez à apercevoir le lien ? Non ? Alors continuons.

Pour Thayer, la couleur de chacun des animaux joue une part primordiale dans la survie et dans le camouflage de ces derniers. Mais pourtant, un zèbre aux rayures noires et blanches se voit comme un éléphant dans un couloir, au beau milieu de la savane ! Et c’est ici que la nuance devient intéressante. On ne parle pas de camouflage mais de survie. Les rayures du zèbre n’ont pas pour vocation de le faire disparaitre dans son environnement mais de perturber l’appréciation de la distance des prédateurs voulant en faire leur dessert. Les rayures forment alors un motif disruptif et créent tout simplement une illusion d’optique. Nous n’avons malheureusement pas les chiffres pouvant attester de la réussite de ce principe sur les zèbres mais qu’à cela ne tienne, nous en avons la preuve autrement !

Mais alors : en quoi des rayures ont-elles pu jouer un rôle lors de la Première Guerre Mondiale ?

Alors que la Première Guerre Mondiale fait rage, les lignes commerciales maritimes britanniques sont mises à mal par la flotte allemande, notamment les sous-marin U-boote et leurs torpilles. Malheureusement à l’époque, il n’existe aucune technologie pour contrer ces attaques, notamment pour les navires marchands. Pas très fair-play, me direz-vous.
En avril 1917, le lieutenant Wilkinson apprend les ravages causés par la flotte allemande et a l’idée de recouvrir la coque des navires de lignes brisées, pour brouiller les mesures des sous-mariniers. En 1914 le zoologiste John Graham Kerr, proposait déjà un système de camouflage nommé Razzle Dazzle au ministre de la marine (un certain Winston Churchill), en se basant sur les études de Tayer, Mais Churchill rejeta le projet.

Dans une conférence de 1919, Norman Wilkinson expliquait ceci:

« L’objectif de ces motifs n’était pas tant de faire échouer les tirs de l’adversaire, mais de l’induire en erreur, lorsque le navire était visé, quant à la position exacte sur laquelle il devait faire feu. [Le camouflage disruptif était] une façon de produire un effet d’optique par lequel les formes habituelles d’un navire sont brisées par une masse de couleurs fortement contrastées, augmentant ainsi la difficulté pour un sous-marin de décider sur quelle trajectoire attaquer le navire… Les couleurs les plus utilisées étaient le noir, le blanc, le bleu et le vert… Lors de la conception d’un schéma, les lignes verticales étaient à éviter. Les lignes inclinées, courbées et les rayures sont de loin les meilleures et engendrent une plus grande distorsion de l’image. »

Sir Norman Wilkinson fait alors appel à une douzaine d’artistes et d’étudiants de la Royal Academy of Arts de Londres pour peindre les navires au sein d’un atelier spécialisé, pourvu de périscopes afin de simuler les conditions réelles.

Le camouflage disruptif fut employé par la Royal Navy dès août 1917, en priorité sur les navires marchands, puis répandu à l’ensemble de la flotte britannique avant d’être adopté par plusieurs nations.

Les guerres sont souvent des laboratoires d’expérimentation et de course à l’avancée technologique. Ce travail sur la ligne et la déformation a initié des réflexions sur les méthodes de camouflage, ainsi que sur l’intérêt de la couleur et du motif dans l’illusion d’optique.

Plus étonnant, on retrouve également cet art du Razzle Dazzle dans la création de motifs de maillots de bain pour des femmes britanniques en 1918, s’émancipant sur les plages de Grande-Bretagne.

Le Razzle Dazzle s’est élargi au-delà du champ militaire, il est devenu une signature et une forme de construction graphique, utilisé par les marques et les artistes.
Les lignes, le contraste et la couleur offrent différents outils pouvant enrichir et structurer une composition graphique.

Nike Lunarendor QS "Dazzle"
Jeff Koons & Ivana Porfiri — Mega Yacht 'GuiltyNike Lunarendor QS "Dazzle"
Sol LeWitt — Wall Drawing 565
Yeezy Boost — 350 V2 Zebra

Similar items ⬎

+

We use cookies 🍪 to allow us to better understand how the site is used. By continuing to use this site, you accept this policy.

I'm ok