À quoi servent les accents ?

27-03-20 | Communication |

Ils sont partout, tout le monde les utilise mais très peu savent qui ils sont vraiment et ce pourquoi on les emploie. Et si nous nous intéressions aux accents ? Alors non, nous ne parlerons pas de celui de votre oncle sudiste qui rajoute des « g » à la fin de ses « in » et qui met plus de jaune que d’eau dans son verre. Ici nous allons nous intéresser aux « diacritiques de l’alphabet latin » pour être précis, à savoir les accents que l’on utilise en langage écrit et dans sa transcription orale. Donc nos vieux amis aigus, graves et circonflexes et tous leurs petits cousins que l’on connait mal, du tréma de Noël au petit rond sur la tête du « a » de Skål (vous découvrirez d’ailleurs son joli petit nom plus bas).

Pourquoi existent-ils ?

Remontons au temps de la splendeur des Romains, qui étaient les big boss du Monde à l’époque d’Astérix. Grâce à l’extension géographique de l’Empire qui roulait sa bosse partout en Europe et même au-delà, l’alphabet latin était par conséquent le plus utilisé. Cet alphabet en réalité assez simpliste (ancêtre de notre bon vieil alphabet à 26 lettres) était compliqué à traduire fidèlement pour les peuples nouvellement conquis, qui eurent alors l’idée d’annoter le peu de lettres existantes de quelques symboles graphiques, pour une transcription plus fidèle. Et paf : ça a fait des diacritiques !

À quoi servent-ils ?

L’objectif d’un diacritique (oui, nous utiliserons ce mot plutôt que « accent » car c’est comme ça qu’on doit dire, okay ?) est de modifier la valeur phonétique d’une lettre (ou « graphème », c’est plus élégant dit comme ça). Donc de transformer un « e » muet en un joli « é », en le coiffant simplement d’une petite mèche vers la droite.
Un diacritique peut également avoir pour dessein d’éviter une ambiguïté entre deux homographes (deux mots s’écrivant de la même manière), à savoir : les fameux « ou » et « où », ou les « la » et « là », qui à un diacritique près, ne veulent pas dire la même chose et feront bondir votre professeur de français à la moindre erreur… C’est fou ce qu’un petit symbole graphique peut changer !

En France, on ne met de diacritique que sur les voyelles. Sauf sous le « c » cédille, mais c’est parce qu’on l’a piqué aux roumains, qui eux l’appellent « virgule souscrite » par ailleurs. Pas fun, les roumains. Aussi, en Espagne, où l’on est davantage friand de jalapeños, on ne se prive pas de mettre un tilde sur le « n », le « ñ tildé » étant carrément un graphème à part entière de l’alphabet ibérique, c’est à dire une lettre à même titre que le « n » ou que le « a » et le « z ». Les pays nordiques, eux, aiment barrer les « o » et les Tchèques, ces grands malades, n’ont pas peur de balancer des accents circonflexes renversés (appelés « carons »), ou des macrons (rien à voir avec notre Président, ici, c’est une barre droite au-dessus d’une voyelle) !

Il existe donc autant de diacritiques que de langues issues de l’alphabet latin, et en voici un petit florilège. Parce qu’il est important que vous sachiez que le petit cercle qui coiffe le « a » de Skål s’appelle un « rond en chef » et qu’il se prononce de ce fait « o ». Oui, comme la bière.

Diacritiques inscrits (avec l’accent à travers la lettre) :


ɵ : barre inscrite (pas vilain mais un peu simpliste)
ø : barre oblique (mieux, plus technique et plus graphique)
ɫ : tilde inscrit (on ignorait que ça existait)
ɬ : sangle inscrite (trop complexe, on espère ne jamais avoir à s’en servir)


Diacritique suscrits (placés au dessus de la lettre qu’ils modifient) :


ó : accent aigu (vous le connaissez depuis longtemps)
ő : double accent aigu (lui, on le connait moins déjà)
ò : accent grave (grand classique de l’école primaire)
ȍ : double accent grave (tout ceci est logique, après tout)
ô : accent circonflexe (ou le « petit chapeau » comme on disait)
ǒ : caron (un petit chapeau mis à l’envers, du coup)
ŏ : brève (un petit chapeau mis à l’envers, mais arrondi)
ȏ : brève renversée (pas logique, car le chapeau semble à l’endroit et non inversé)
ỏ : crochet en chef (il ne faut pas l’embêter, lui, avec un tel nom)
ō : macron ou ligne suscrite (aucun lien avec Brigitte)
ö : tréma (merci Noël de nous l’avoir fait connaitre)
ȯ : point en chef (un tréma qui a perdu sa moitié, c’est presque triste)
o̊ : rond en chef (notre préféré, vous l’aurez compris)
õ : tilde (on aime beaucoup cette petite vague hispanophone)
o̐ : chandrabindu (encore plus difficile à nommer qu’à dessiner)
o͗ : sicilicus ou sigle (on dirait Titeuf)


Diacritiques souscrits (en dessous de la lettre, car tout ce qui se met au dessus peut aussi se mettre en dessous) :


ọ : point souscrit
o̦ : virgule souscrite
o̰ : tilde souscrit
o̭ : accent circonflexe souscrit
o̱ : macron souscrit
o̮ : brève souscrite
o̯ : brève renversée souscrite
o̩ : ligne verticale souscrite
o̥ : rond souscrit
o̧ : cédille
ǫ : ogonek
o̡ : crochet palatal
o̢ : crochet rétroflexe
ɕ : boucle souscrite
o̩ : ligne verticale


Vous ne les retiendrez certainement pas tous, mais l’essentiel était de montrer que les diacritiques, ces simples petites touches graphiques qui habillent un graphème, ont eu une importance considérable dans l’annotation de notre alphabet d’abord, dans sa transcription ensuite, puis dans son utilisation écrite et orale finalement. Ou quand le graphisme enrichit la communication.

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